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Exigence de politisation en Afrique noire

Certains d’entre nous se réfugient dans les actions religieuses ou associatives. D’autres sont devenus apolitiques ou se disent de la société civile pour ne pas être étiquetés comme faisant de la politique.

Si les uns et les autres sont nécessaires et utiles, le rôle du politique est primordial.

Quelles que soient les actions et la qualité des uns et des autres, rien ni personne ne peut se substituer ou remplacer l’homme politique ou la politique.

Dans certains pays, le mot “politique” est assimilé à une insulte. Il signifie même “mensonge”, dans d’autres pays Africains. Le rejet de la politique et donc de la chose publique (ndlr : République) est le mal le plus important de l’Afrique.

La politique est le moyen par excellence de changer et d’organiser la vie d’un peuple, de la société ou de la collectivité. D’une certaine manière, se détourner de la politique, c’est se désintéresser de la vie et de la vie de ses concitoyens.

Si les associations, les groupes de réflexion ou les ONG peuvent aider à la prise de conscience ou à la résolution des problèmes spécifiques, ils ne peuvent pas changer ou modifier le destin d’un peuple. Cela, c’est le rôle du politique ou de l’homme politique.

La politique, c’est l’art du possible, la science de tous les possibles. Sa noblesse vient de la qualité des hommes qui la servent. La politique, c’est proposer un projet sociétal dans lequel chacun puisse trouver du sens. Je m’insurge donc contre les amalgames et contre le “Tous pourris”.

Il est quand même dommage de constater que ceux qui souffrent des clichés et des amalgames sont ceux-là même qui stigmatisent leurs congénères. Pour ma part, je continue de penser que la bêtise n’est ni héréditaire, ni génétique, même en politique.

Tant que les Africains n’auront pas une conscience politique, rien ne sera possible et ceux qui pensent avoir été mandatés par Dieu lui même pour conduire la destiné de leurs concitoyens vers les profondeurs insondables de la misère et de la barbarie auront de beaux jours devant eux.

Dans certains pays comme le Congo Brazzaville, où la population est précipitée volontairement dans les abysses de l’analphabétisme et dans la misère culturelle, on entend “certaines élites” clamer haut et fort que “le pouvoir vient de Dieu”. Il y a même des musiciens en mal d’inspiration qui en font des refrains.

Ce genre de postulat sous entend que certains naissent président ou dictateur et, à l’inverse, d’autres naissent pour souffrir et évoluer tout au long de leur vie dans la misère la plus absolue.

Ces théories archaïques qui prônent la suprématie de l’inné par rapport à l’acquis ont été  mises à mal par les penseurs et les savants du siècle dernier. Aujourd’hui, nous savons tous que ce sont les peuples qui choisissent leurs dirigeants (à condition qu’ils aient conscience de leur pouvoir), et que ce sont les dirigeants, donc les politiciens, qui conduisent la destiné des peuples.

Trop peu d’Africains ont une conscience politique.

Trop peu d’Africains s’intéressent à la chose publique et, quand ils s’y intéressent, c’est très souvent pour satisfaire leur propre ego, quand ce n’est pas leurs appétits mesquins.

Tant que les Africains penseront que leur destin personnel et collectif dépend des autres, de leurs dirigeants ou de Dieu, alors les déboires du continent Africains et des noirs en particulier se perpétueront de génération en génération.

Aujourd’hui nous avons les preuves que la valeur d’un individu n’a rien a voir avec son âge (il y a des jeunes et des vieux brillants comme il y a des jeunes et des vieux moins brillants). Pourtant, en Afrique, le carcan des traditions et le poids des us et coutumes nous fait croire qu’un vieux est forcément une bibliothèque ambulante. C’est une pure escroquerie intellectuelle, sinon un frein pour une entrée réelle dans le monde civilisé.

Je m’insurge contre le sacro saint “Droit d’aînesse” Africain qui dit ”qu’un ancien qui meurt est une bibliothèque qui disparait” (le Général SASSOU NGUESSO n’a jamais été et ne sera jamais une bibliothèque).

L’Europe et le monde civilisé sont en train de muter, de changer de génération. En France, comme dans d’autres pays occidentaux et d’Asie, ce sont les jeunes de 28 à 45 ans qui gèrent, dirigent, décident de l’avenir de leurs pays et de ce que va devenir le monde de demain.

Dans tous les corps de métiers et surtout dans toutes les administrations, la moyenne d’âge est de 35 ans en France. Il n’est pas rare de rencontrer un juge de 26 ans, un préfet de 38 ans, un procureur de la République de 32 ans, un directeur de grande société de 40 ans, etc.

Au Congo Brazzaville il est courant de rencontrer des jeunes diplômés de 50 ans qui n’ont jamais travaillé dans une structure.

L’Afrique à besoin de tous ses enfants. Pour cela, il faut absolument réhabiliter la politique, conscientiser les Africains pour qu’ils se prennent enfin en main et qu’ils cessent de se comporter comme des grands enfants.

Chaque Africain, quelque soit l’endroit où il se trouve, est en âge de changer le destin de ses congénères s’il en a les capacités. Alors réveillons-nous et cessons d’avoir peur : osons enfin oser.

Patrick Éric Mampouya

ministre de la Justice du Congo en exil en France

Tribalisme ou le reflet d’une mentalité primitive

Nous diffusons ici un texte adressé par Patrick Éric Mampouya, qui l’a diffusé sur son blog http://mampouya.over-blog.com

Ci-contre, une vignette figurant sur le blog de notre interlocuteur, qui écrit, en exergue, la revendication d’un peuple pour un “Etat de Droit au Congo”.

Nous remercions Patrick Éric Mampouya de nous en avoir autorisé la reprise.

Pourquoi après chaque élection présidentielle au Congo, le vrai ou faux vainqueur veut-il impérativement former un gouvernement d’union nationale ? Logiquement, si les partis  politiques l’étaient, les gouvernements le seraient systématiquement.

La démocratie c’est la règle de la majorité, je ne trouve pas l’intérêt d’inviter quelques membres de l’opposition au gouvernement. Autrement, comment pourrait-on juger le parti au pouvoir à la fin du mandat présidentiel.

On a beau éluder la question tribale au Congo, la réalité nous indique que le tribalisme reste une épine sous les pieds des Congolais, voilà pourquoi ils n’avancent pas. Aucun homme politique congolais n’oserait ouvertement se déclarer tribaliste, alors que l’ethnocentrisme ne cesse de prendre le dessus sur le patriotisme.

L’organigramme administratif démontre que ceux qui sont au-dessus, sont ceux qui appartiennent à l’ethnie du Président. Les recrutements ne sont pas basés sur le curriculum vitae ni sur le profil du postulant, mais sur les affinités ethniques ou régionales. L’armée nationale en est une belle illustration. Si on devait recenser le nombre d’officiers supérieurs par région, l’on se rendrait très vite compte que c’est la région de celui qui est resté le plus longtemps au pouvoir (pour ne pas le citer), qui en compte le plus grand nombre. Je mets au défi quiconque de me prouver le contraire.

Y aurait-il au Congo, des régions peuplées des gens qui seraient plus aptes que d’autres à porter l’uniforme et les galons ? Au bout de 50 ans d’une pseudo indépendance, le Congo devrait dresser son bilan.

A peine peuplé de 3,5 millions d’âmes (chiffres contestables), ce petit pays ne cesse de défrayer la chronique à cause de la violence politique. A ce jour, il demeure le théâtre de l’ostracisme et de la gabegie. Le palmarès du Congo en matière de coup d’Etats (5 en 49 ans, sans compter ceux qui n’ont pas abouti) est comparable à ceux des pays plus peuplés que sont par exemple le Nigéria ou le Tchad.

Le Congo détient également le record en matière de guerres contre les civils (3 en 5 ans).

Le seul domaine où le Congo est exempté de tribalisme, c’est celui du mariage. Le cœur humain bat pour celui ou celle qui attire le regard et possède un portefeuille conséquent. C’est une règle universelle, le Congo ne fait donc pas exception.

Après un bilan aussi macabre, nous devrons nous poser la question suivante : “Désirons-nous réellement vivre en harmonie ? “. Si la réponse est “oui !”, bannissons d’abord le tribalisme et restaurons la méritocratie pour évacuer les frustrations des uns et garantir l’égalité pour tous.

Si la réponse est “non !”, prenons aussitôt rendez-vous chez le notaire et divorçons. Aucun article de la Charte des Nations Unies n’oblige les peuples qui ne le désirent pas à cohabiter.

Si nous sommes incapables de nous supporter, rien ne nous empêche de faire scission. “L’amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel ; et il ne cesse de vivre dès qu’il cesse d’espérer ou de craindre” nous enseigne le Duc de la Rochefoucauld.

L’Humanité est remplie d’exemples de peuples qui ont décidé de se séparer après avoir appartenu à la même nation. Après des décennies de vie commune, de conflits internes et de violences interethniques, les Serbes, les Croates et les Kosovars (Albanais) ; les Tchèques et les Slovaques ; les Nord-coréens et les Sud-coréens ; les Indiens, les Pakistanais, les Sri-lankais et les Bangladais ; les Russes, les Moldaves, les Ukrainiens, les Ouzbeks… se sont dit au revoir.

Ça fait plus de trois siècles que les Ecossais veulent se séparer des Anglais. La petite Belgique est en permanence agitée par le spectre du fractionnement, malgré le fait d’avoir opté pour le bilinguisme, parce que Wallons et Flamands revendiquent chacun leur singularité.

Les Chypriotes d’origine grecque ont fini par se séparer de leurs compatriotes d’origine turque à cause de l’incompatibilité des mœurs. Les Somaliens du Puntland n’envisagent pas une réunification avec ceux de Mogadiscio pour se préserver des conflits sanglants.

Nous ne serons donc pas les premiers à envisager une telle alternative. La Macédoine n’est pas plus vaste que la Sangha, et pourtant elle est membre de l’O.N.U.

Les frontières du Congo actuel, comme celles de beaucoup d’autres pays africains, ont été tracées à la Conférence de Berlin de 1885. Les peuples qui le composent ne forment pas à la base une entité. C’est une mosaïque linguistique et culturelle que nous essayons de consolider depuis 1960. Après 49 ans “d’indépendance”, soyons honnêtes et admettons que nous ne sommes pas parvenus à en faire une vraie nation.

Au Congo, il y a des régions sur lesquelles les régimes militaires successifs se sont acharnés. Mais il n’est jamais trop tard pour mieux faire. Au lieu de nous voiler la face avec une burqa intellectuelle et de nous accrocher aux slogans creux, ayons le courage de regarder la réalité en face. Il est quasiment impossible au Congo, pour un candidat de se faire élire aux législatives dans une localité dont il n’est pas ressortissant. Un Tsangui ne pourrait être député à Makoua, comme un Bomitaba ne pourrait l’être à Mpangala.

Les utopistes préféraient ressasser la même rengaine, celle que nous entendons depuis bientôt 50 ans (l’unité nationale). Il n’y a ni Unité ni Travail ni Progrès au Congo. Bien au contraire, il y a Tribalisme, Chômage et Régression. Le Congo uni et prospère peine à voir le jour. C’est aux Congolais progressistes de le faire naître en posant des actes patriotiques.

L’édition 2007 du FESPAM nous a confirmé qu’il y avait au Congo des groupes ethniques parias. Le fait de loger les Pygmées au parc zoologique de Brazzaville n’était pas anodin. Normalement, lorsqu’une partie de la population est traitée de la sorte, le pays tout entier devrait s’en indigner. Cet acte ignoble n’a pas eu l’air d’émouvoir les Congolais dans leur ensemble.

En 1993, lorsque les miliciens aubevillois et ninjas se sont combattus à l’arme lourde, il a fallu réunir les députés des régions du Pool, du Niari, de la Bouenza et de la Lékoumou dans une résidence privée pour trouver une issue au conflit. Comment est-ce possible dans une république ? A quoi sert alors le Parlement ?

A la fin de la guerre de 1997, un milicien cobra troqua son bazooka contre une guitare pour composer un hymne à la gloire du vainqueur, et celui-ci passait fréquemment sur Radio-Congo. En entendant cette chanson promouvant le tribalisme, j’ai cru avoir capté Radio-Mille collines. Celle-ci fut même diffusée dans l’émission “Envoyé spécial” consacrée au Congo et réalisée par le chanteur français Bernard Lavilliers. Le cobra n’étant pas virtuose, je n’ai retenu de sa composition que le passage fustigeant les vaincus : “…Yombhi mokoyo ya babembe “. Celui-ci faisait allusion au ralliement du R.D.D (parti constitué majoritairement de nordistes) à l’U.PA.D.S (parti constitué majoritairement de sudistes). L’histoire ne cesse de se répéter dans notre pays à cause d’une amnésie collective.

En 1995, un drame survint lors d’une veillée de prière à la paroisse Saint-Pierre Claver de Bacongo, faisant plus d’une centaine de morts. Un deuil national d’une semaine fut décrété par le gouvernement, mais celui-ci ne fut respecté que partiellement. Après avoir sillonné la ville, j’ai aperçu dans certaines buvettes, des Brazzavillois en train de valser pendant cette période. On a pu observer la même chose lors du premier accident ferroviaire survenu à Mvoungouti. En cas de malheur dans notre pays, il y a ceux qui pleurent et ceux qui sont aux aguets. Nous ne pouvons pas faire fi de notre mémoire collective et continuer à nous abreuver de sédatifs, alors que le feu tourbillonne sous nos matelas. C’est une attitude suicidaire. Internet est un excellent baromètre pour mesurer cette atmosphère. Vous ne trouverez pas de forum où les Congolais ne s’insultent, parce que les uns auraient critiqué le régime supporté mordicus par les autres. En surfant sur la plupart des sites congolais, on a parfois l’impression d’assister à une bronca, cette contestation populaire qui enflamme les arènes mexicaines. Si on pouvait installer une poubelle sur chaque site pour recueillir ces insultes, les éboueurs du net seraient vite débordés.

Lorsqu’un gouvernement a failli à sa mission, il est impératif de le dénoncer. Or certains Congolais se sentent obligés de le défendre sous prétexte que celui-ci est dirigé par un ressortissant de leur village ou de leur région. C’est un réflexe tribaliste.

Le pays n’a ni eau potable ni électricité. Les systèmes de santé et éducatif sont en faillite totale. Malgré tout, il y a des bornés qui trouvent des circonstances atténuantes au régime en place. Qu’il y ait des Congolais qui n’éprouvent pas le besoin de se doucher régulièrement, de se soigner ou d’éduquer leurs enfants, c’est leur problème. Que ces derniers ne conditionnent pas les autres à vivre comme eux.

La misère est ressentie dans tout le pays. Contrairement à ce que certains peuvent penser, il n’y a pas une région privilégiée au Congo. Les régions du Nord du pays, notamment celles de la Likouala, de la Sangha, des Cuvettes est et ouest ne disposent quasiment pas d’infrastructures modernes.

Les conditions de vie des habitants de Liranga ou de Bétou n’ont rien à envier à celles du Moyen-âge, et pourtant l’élite dirigeante depuis 41 ans est majoritairement constituée de leurs ressortissants.

Les populations du Sud ne peuvent pas non plus se contenter des modestes infrastructures, tels que le chemin de fer à voie unique et les écoles missionnaires héritées de la colonisation.

Le tribalisme au Congo relève de l’égoïsme, et non d’une pathologie. Si tous les leaders qui se sont succédé au pouvoir depuis 1960, étaient réellement attachés à leur région natale, ils l’auraient depuis longtemps développée.

La construction d’un complexe hôtelier, d’un gymnase et d’un hôpital à Oyo n’est pas vue d’un bon œil par certains Congolais, alors que cela ne pourrait qu’être bénéfique au pays. Tout simplement parce que l’équité n’existe pas au Congo. Même si le cobra royal est originaire de cette localité, il n’y a pas de raison d’être mécontent. Oyo se situe bel et bien au Congo, pas au Paraguay.

L’unité nationale ne se décrète pas, elle résulte d’une volonté collective. Tant que nous serons guidés par une mentalité primitive, nous resterons encore au stade primaire de la civilisation.

Sur tous les continents, les gouvernements s’attèlent à construire des grands ensembles politiques et économiques, sauf en Afrique où le tribalisme fait encore tâche d’huile. Toute l’élite congolaise est bourrée des gens lettrés qui sont pour la plupart incapables de s’en débarrasser. C’est ahurissant !

En mars 1977, lorsque le Président Marien NGOUABI fut assassiné, ce sont principalement les ressortissants d’une certaine région qui furent la cible de l’injustice, car il fallait à tout prix désigner des coupables. Pratiquement, tous ceux qui furent exécutés (NDOUDI NGANGA, MIZÉLÉ, KIKADIDI, SAMBA dia NKOUMBI…) étaient originaires de la même région. Au cours d’un simulacre de procès, le juge OKOKO lâcha une phrase qui est restée dans les annales de l’injustice : “Même les Batékés veulent commander”, c’est-à-dire les autochtones de Mfoa (Brazzaville). Quelle condescendance ! Dans un pays normal, ce magistrat aurait été aussitôt sanctionné. Malheureusement, au Congo le mépris est primé.

Osons donc lever le tabou : en 1977, la victime (Marien NGOUABI) était du Nord et les présumés coupables du Sud. En juillet 2005, lors du procès des disparus du Beach, c’était l’inverse. C’est-à-dire, les victimes étaient du Sud et les présumés coupables du Nord (NDENGUET, ADOUA, DABIRA, NTSOUROU…). A la seule différence, les premiers furent tous exécutés, alors qu’ils étaient innocents. Tandis que les seconds furent tous acquittés, alors qu’ils étaient tous présumés coupables.

En 1987, feu Jean-Pierre THYSTÈRE TCHICAYA (ancien numéro deux du P.C.T) et Claude Ernest NDALLA alias Graille (co-fondateur du P.C.T) se retrouvèrent à la barre. Les deux hommes furent accusés d’avoir pris part aux attentats de Maya-Maya et du cinéma star qui causèrent la mort de nombreux concitoyens. Le comble du ridicule fut atteint lorsque les sous-vêtements du premier accusé furent exhibés à la barre comme preuves de pratique fétichiste pour renverser le gouvernement en place. Quant au second, ce sont les latrines de sa maison qui furent montrées à la télévision nationale pour expliquer à la population que des explosifs y furent jetés. Faute d’un procès équitable, la lumière n’a jamais été faite dans toutes ces affaires. A cause du tribalisme, des pères de famille ont été humiliés publiquement, des innocents ont été torturés pour leur arracher des “aveux”.

Souvenez-vous de KEMBISSILA, cet homme sans histoire qui était contraint d’avouer des forfaits qu’il n’avait pas commis. Certains Congolais qui souhaiteraient faire table rase du passé, ont cru qu’en saccageant le siège de Télé-Congo, le pays serait vidé de sa mémoire. Erreur ! L’essentiel des images d’archives fut soustrait à temps. C’est ce qui permettra un jour au Congo d’organiser l’équivalent d’un procès Nuremberg, car les cris des orphelins et des veuves ne cessent de raisonner à nos oreilles pour réclamer justice. Les criminels peuvent grincer les dents.

En aiguisant leurs machettes, les extrémistes hutus téléguidés par l’Acazu ne se doutaient pas qu’ils finiraient par rendre des comptes devant une juridiction pénale à Arusha. C’est à cause de l’amnésie que l’histoire se répète tout le temps dans notre pays. A la Conférence Nationale Souveraine, les acteurs n’avaient pas pris les décisions qui s’imposaient. Ils furent probablement distraits par le montant de leur per diem journalier. En se gavant de mets succulents pendant trois mois, on finit par oublier de traiter les sujets les plus épineux. En 1990, il fallait arrêter tous les criminels et dissoudre les partis politiques à caractère tribal, c’est-à-dire tous les partis. Qui oserait nier cette réalité ?

Le Congo s’est engouffré dans un fossé creusé par le tribalisme. Pour l’en sortir, une adhésion massive au panafricanisme s’impose.

Tant que nous penserons pays, nous penserons région, puis tribu. Si nous pensons continent, nous nous élèverons et il nous serait très difficile de descendre aussi bas.

J’invite mes compatriotes à y réfléchir.

Ngombulu Ya Sangui Ya Mina Bantu Lascony,

écrivain, documentariste, historiographe (Institut Cercle-Congo)

Droits de l’Homme bafoués en Colombie

En Colombie, comme dans d’autres pays où les Droits de l’Homme sont bafoués, des hommes et des femmes déploient des trésors d’intelligence, de courage et aussi de foi pour rendre à leurs semblables le force de lutter contre les inégalités sociales, les pouvoirs abusifs, pour la paix. C’est le cas des théologiens, philosophes et journalistes du Centre de recherches et d’éducation populaire (CINEP) de Colombie, un organisme créé en 1972 par les Jésuites. Partenaire du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), il est chargé de piloter une base de données sur «les problématiques de la violence politique ou de la défense des Droits de l’Homme».

Le CINEP et le Club de la Presse ont établi un circuit court entre journalistes pour faire circuler une information juste et vérifiée entre la Colombie et la France.

Les travaux du CINEP sont diffusés dans une rubrique du site www.cinep.org.co. et sur le site www.nocheyniebla.org. Voici des traductions faites par des journalistes francophiles de l’organisation qui s’inscrivent parfaitement dans la ligne éditoriale de notre site.

LE GOUVERNEMENT DEPARTEMENTAL NE REMPLIT PAS SES ENGAGEMENTS AVEC LES COMMUNAUTES INDIGENES.

Les Gouverneurs (Plus haute autorité dans les réserves indigènes) des communautés indigènes du Chocó dénoncent le non respect des engagements pris par le Gouvernement départemental. Lors d’une négociation, le représentant de l’association ASOREWA (Association Régionale des Autorités Indigènes Embera et Wounann), Jorge Querágama, a fait part de son inquiétude face à ces manquements et a indiqué que dans la zone du Haut Andagueda, par manque de prise en charge médicale par la ESE départementale, DASALUD, et les ARS et IPS (Institutions publiques et prestataires de services de santé), les enfants et les jeunes sont en train de mourir de la prolifération d’épidémies qui en entraîne d’autres (tuberculose, diarrhée).

Les cadres de ces institutions disent qu’ils ne se rendent pas sur cette zone à cause de la présence de groupes illégaux, un argument qui n’est pas valable car il est du devoir de ces institutions de leur apporter une prise en charge médicale.

De même, Jorge Querágama a indiqué qu’il manquait des éducateurs dans différents endroits et que les postes réservés aux professeurs indigènes sont attribués à d’autres pour des raisons politiciennes. Ces envoyés du pouvoir central désertent les centres éducatifs.

Pour ce qui est des enfants des communautés indigènes, les kits d’alimentation remis par l’ICBF (Institut du bien être familial: Organe public chargé de la protection de la famille et de l’enfance) ne contiennent pas des aliments qu’ont l’habitude de consommer ces communautés par tradition culturelle. De plus, ils arrivent en mauvais état et périmés, ce qui provoque des maux d’estomac chez les petits.

Enfin, Jorge Querágama a dit que les différentes multinationales qui sont en train d’implanter des mégaprojets miniers sur leurs territoires ne tiennent pas compte du principe de « Consulta Previa » (Consultation préalable : disposition prévue par la loi et qui stipule que tout projet visant un territoire collectif doit faire l’objet d’une consultation et de l’approbation de tous ses occupants) qui protège leurs terres.

De plus, elles manipulent la conscience des leaders indigènes pour mener à bien leurs actions. En ce qui concerne la décision rendue par la Cour suprême de justice et la validation de l’appropriation de terres par l’entreprise Muriel Mining Corporation, dans le cadre du projet Mande Norte, ils vont faire appel à la Cour Internationale pour récupérer leur territoire.

EXIL VOLONTAIRE DES HABITANTS DE BOJAYÁ

Les menaces constantes des groupes armés illégaux conjugués avec le départ de la force publique ont semé la peur et provoqué l’exil volontaire de 90% des habitants de cette communauté vers Bellavista, dans le but de sauver leurs vies.

Selon le maire Joaquin PALACIOS, les habitants de cette communauté ont décidé de fuir, en raison de l’absence de l’armée qui a déserté la zone sans aucune explication.

Cela concerne les communautés noires et indigènes qui se trouvent sur le fleuve Bojayá et sur le chef lieu de Bellavista, après le massacre qui a tués 120 personnes, en 2002.

Les gens ont peur que cela se reproduise et ils ne peuvent toujours pas aller cultiver leurs terres á cause de la présence des acteurs armés illégaux (guérillas ou paramilitaires) et ils ne veulent pas être considérés comme des collaborateurs de la force publique.

Ska tautologique

«Un air gai, riche et entraînant » (1) en provenance directe de Guadeloupe s’impose en tête du hit parade des «D.J.» (2) des journaux TV et radio de France et de Navarre, soudain touchés par l’exotisme d’une musique antillaise qui chante enfin ce qu’ils ont envie d’entendre.
Sur une sorte de ska mâtiné de protest song, Willy Angèle, président de l’antenne guadeloupéenne du Medef, dénonce un « accord conclu de nuit entre le LKP et une partie minoritaire du patronat ».
Ce crocodile crooner nous rebat les oreilles d’un insupportable refrain: « Cet accord n’engage que ceux qui l’ont signé, il ne nous engage pas ». Et de prétendre, en substance, que la convention qui a permis la reprise des activités après cinq semaines d’une lutte exemplaire de la population locale ne concernerait même pas 5% des salariés de l’île et quatre organisations patronales, dont deux liées, sinon affiliées au LKP, alors que sept ou huit autres le refusent.
Celles-là, à n’en pas douter, freineront des quatre fers pour appliquer la hausse de 200 euros sur les plus bas salaires.
Je n’irai pas jusqu’à m’étonner de la pléthore de supposés représentants du patronat sur un si petit territoire, qui plus est tout à fait désindustrialisé. Elle m’apparaît bien supérieure à la cohorte de délégués de syndicats étudiants d’une époque révolue.
Je demeure toutefois un brin surpris en notant que le représentant de l’Etat, dans l’ensemble des DOM TOM, n’est soumis à aucune obligation de réserve. J’ai pu ouïr un certain, prêtant avec une ostensible complaisance son filet de voix au chœur des pasionarias mediatico-patronales de la liberté d’exploiter.
Mais je refuse d’attiser l’incendie. Je leur dis : banco !
Remettons notre démocratie bien droit dans ses bottes. Rendons leur pouvoir aux majorités et abrogeons, à Pointe-à-Pitre, Toulouse, Fort-de-France, Strasbourg, Saint-Denis de la Réunion ou sur Seine, toutes les décisions de régression sociale issues d’accords passés aux forceps avec de fantomatiques organisations salariales non pas seulement liées au patronat mais créées par ses soins.
Mieux encore, refusons tout net d’en tenir compte, de nous sentir «engagés», dans l’hexagone comme outremer! Imposons les revendications de la majorité des Français.
Renversons les rapports de forces pour qu’enfin, les syndicats représentatifs concluent avec le patronat des accords de progrès social et économique.
Abolissons aussi les privilèges, passe-droits et autres grâcieusetés concédés par le pouvoir central à une poignée de békés aux seules fins d’asservir une immense majorité de nos concitoyens d’outremer.
Rendons enfin aux Ultramarins leur dignité et la maîtrise de leur développement local, quitte à nous passer des lumières spéculatives de quelques blancs créoles. Ils sauront, à n’en pas douter, aller exercer leurs coupables talents sous d’autres cieux idylliques.
Et nos fameux «D.J.» feront peut-être alors la promotion d’une musique bien franchouillarde dont ils semblent avoir honte, celle du « King » de la finance made in France.
J’entends Nicolas Sakozy, le « Elvis » (sans fin) du resserrement du budget des ménages, nous chanter « Natixis », accompagné par la formation de François Pérol et ses musicaillons bizarrement tous recrutés au petit conservatoire du parti dominant de la majorité présidentielle.
Mais là, ce n’est plus du ska.
Cela devient très rock’n roll.
Un pur «délice d’initiés».
Patrick Babielle

(1) Emprunté à Daniel Balavoine, un chanteur très « métro »
(2) Lire Dévoués Journalistes

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