MedInFra - Club de la presse du Limousin

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Articles du juin, 2008

Poubelles…

Jusqu’à maintenant, l’heure du souper semblait propice à la diffusion d’images horribles transmises d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du sud. Scènes insoutenables d’enfants en guenilles disputant un bout d’os à des chiens errants, sur des immondices.

Entre deux bouchées, nous grommelions avec commisération: « Ces pauvres gens qui n’ont rien à manger, quand même… »

Repus, nous laissions dans nos assiettes des restes que nous jetions à la poubelle. Les étals de nos grandes surfaces regorgent tant de superflu qu’en fin de journée, nous déversions les invendus dans des poubelles, pour des raisons de gain et de marge bénéficiaire. L’eau de javel interdisait à nos compatriotes nécessiteux de trouver leur pitance dans ces rebuts alimentaires.

Pendant ce temps, des transactions abyssales se font à la bourse. Des actionnaires autistes guettent d’un œil avide les fluctuations de leurs gains. Nous pensions que dans un pays aussi riche que le notre, nous étions à l’abri de ces images inhumaines, d’enfants ou d’adultes fouillant des amas d’immondices. Aveuglés et suffisants que nous étions, nous n’avions pas vu venir l’innommable.

Aujourd’hui, de tous les coins de l’hexagone nous parviennent les échos désespérés de l’incroyable.

Des hommes et des femmes bien de chez nous, oh ! Désespoir, fouillent les poubelles pour subsister !

Voilà ! Le pays des lumières, des Droits de l’Homme, le pays dont beaucoup de Nations envient le système de protection sociale, se trouve soudain démuni. Malgré notre quibus, nous nous éloignons de plus en plus de la notion de solidarité.

La dislocation de ce qui fait que la France est la France se met insidieusement en place.

Nous assistons à la déconstruction sociale, sociétale, politique et institutionnelle du pays.

Qu’avons-nous donc fait de notre sens du partage ?

Faisons nôtre, la maxime de Sénèque : « Pendant que nous sommes parmi les hommes, pratiquons l’humanité ».

A. De Kitiki.

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Troubles législatifs sur le secret des sources

Les députés de la majorité UMP-NC ont adopté en première lecture, par leurs seuls votes, la proposition de loi sur la protection du secret des sources des journalistes présentée par la ministre de la Justice, Rachida Dati.

Ce texte, bien que copieusement amendé par la commission des Lois, étouffe la liberté de la presse qu’il prétend faussement défendre.

Qu’avons-nous à faire d’articles affirmant le principe du secret des sources reconnu par toutes les juridictions et garanti par la convention européenne des Droits de l’Homme s’ils sont édulcorés dans leur formulation par des exceptions qui autorisent leur remise en cause à tout propos par tous les organes répressifs du pouvoir ?

Rachida Dati avait poussé le flou à son paroxysme dans le projet initial, inscrivant qu’il “ne peut être porté atteinte à ce secret que lorsqu’un intérêt impérieux l’impose. Il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement à ce secret qu’à titre exceptionnel et lorsqu’un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie”, ont « précisé » les députés UMP-NC.

Merci messeigneurs !

Alors, si par abracadabrantesque supposition et bien malveillante intention j’en étais venu à écrire, de source tout à fait certaine, preuves à l’appui, qu’une ex-première dame de France avait reçu un SMS de son énième mari, si j’avais révélé la teneur du message, votre amendement m’aurait exonéré d’un démenti honteux. La même législation m’aurait aussi permis de révéler où, quand, à qui et à quel prix tel membre du gouvernement avait acheté le diplôme qui lui donne aujourd’hui autorité pour encadrer le secret de mes sources.

Non ? Vous jugez mon interprétation trop optimiste. J’entends bien. J’ai ignoré le contexte dans lequel ce texte était présenté.

On causait liberté de la presse au Palais Bourbon alors que Nicolas Sarkozy venait de reprocher aux media leur manque d’indépendance, leur discrétion sur la condamnation de Ségolène Royal dans l’affaire de ses ex-collaboratrices et s’en prenait à L’Express, Marianne, Le Parisien, l’AFP et au Journal du Dimanche.

On légiférait sur l’acquis quand les chiens de garde de la mondialisation s’en prenaient à l’Agence France-Presse et appelaient dans l’hémicycle à sa privatisation. Ignorent-ils que le statut de 1957 de l’AFP est de droit privé ?

J’en déduis que les syndicats de journalistes SNJ, SNJ-CGT, USJ-CFDT et CFTC, que Reporters sans frontières et les élus de gauche voient juste en jugeant les articles votés en première lecture encore trop “imprécis”.

Devrions-nous convenir avec la Socialiste Aurélie Filippetti que « ce texte fleure sévèrement la raison d’Etat” et dénoncer, avec le Vert Noël Mamère, une “imposture politique” ?

Je partage l’analyse d’Edwy Plenel, directeur de publication du site d’information Mediapart: “S’il n’est pas profondément remanié par les parlementaires, ce projet de loi, sous la proclamation apparente d’une protection, organise sa violation légale au bon vouloir de l’Etat, de ses juges et de ses policiers”.

Patrick BABIELLE

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Armée et TV publique

Sous le pseudonyme de ‘Surcouf’, un groupe d’officiers généraux et supérieurs des trois armées publie anonymement une tribune.

Ils pointent « l’amateurisme et l’incohérence » du livre blanc sur la nouvelle armée française. Ils disent encore : « Au mieux, nous serons mieux renseignés, mais nous pourrons moins agir. Plus loin, ils parlent de déclassement militaire de notre pays. Je crains et je tremble à l’idée que nous soyons à l’aube d’une sédition, voire d’un coup d’état. Dans certains pays, ils seraient passés directement à l’action au lieu de se planquer dans l’anonymat. Comme quoi, nous sommes vraiment en démocratie et que les piliers de la République tiennent bon. Veillons à ce que des réformes nécessaires au pays ne soient pas engagées sans consultation préalable des citoyens, et avec précipitation.

La grande muette l’ouvre et c’est inquiétant.

Des casernes désertes. Des commerçants, furieux de voir la manne militaire ranger son porte-monnaie, protestent. Le personnel civil des armées se voit déjà à la rue. Les élus sont indignés pour ne pas avoir été entendus. Et quid de nos engagements internationaux, particulièrement les accords de défense passés avec certains pays africains à l’aube des indépendances. Comment volerons-nous au secours de nos amis, tel Idriss Deby, Président démocratiquement élu du Tchad et des fois dictateur sans pitié ? L’annonce de la réintégration de la France dans l’O.TA.N. est proclamée… le 18juin 2008 !

Toutes ces nouvelles préoccupantes nous assaillent par le truchement de l’audiovisuel public. Coïncidence peut-être, mais c’est ce jour là aussi que notre audiovisuel public est mixé par des cuisiniers sans étoiles au guide Michelin de la réforme.

France 3 : La chaîne du groupe qui va loin, mais aussi au bout du chemin creux de nos campagnes. La chaîne des Français du boccage, qui s’y identifient et qui l’aiment. « De près, nous nous comprenons bien » dit une réclame de France 3. J’ajoute, de près, nous nous étreignons bien. On nous annonce brutalement la mort de la télé régionale, son démantèlement programmé, qui commence par la mise en place d’un regroupement hybride. Demain, le reportage sur la cueillette des pommes du Limousin, par exemple, sera réalisé par un journaliste basé à Lille. Sans oublier la menace qui pèse sur l’indépendance des journalistes, puisqu’on nous annonce en même temps l’arrivée de la presse quotidienne régionale, les régions, et les départements dans le financement de France 3. Régions. Cela ressemble fort à une cuisine, qui a accouché d’une sauce gribiche pour la tête de veau pour le moins hasardeux. Quant à France3 nationale comme on dit, les journalistes seront dispatchés dans ce qui restera des Régions, le reste transféré peut-être à France 24 pardon, France Monde, et seront envoyés soit à Bangui, soit au Darfour où ils ne risquent pas d’avoir froid aux pieds.

Bon sang ! Soyons cohérents ! On ne va pas nous faire croire que le milliard et quelques manquant va être comblé par des bricolages du genre : on va taxer les nouveaux supports, on va demander aux chaînes privées de financer les chaînes publiques. Je n’imagine pas le secteur privé se porter au secours du service public. Enlever la publicité, ne pas augmenter la redevance, proposer des solutions qui ne tiennent pas debout, c’est tout simplement nous prendre pour des sots.

« Nul chose n’est jamais assurée quand sa nature réside dans le mouvement » (Sénèque).

Un habitant du boccage en colère.

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