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Articles du 16 juillet 2008

Tremble, carcasse !

Le Club de la Presse du Limousin et l’antenne régionale de Reporters sans Frontières (RSF) expriment leurs plus grandes craintes pour le devenir de la démocratie en France après la mise en examen et le placement sous contrôle judiciaire de Bruno Thomas, un journaliste spécialisé dans l’automobile, la perquisition effectuée au siège parisien de son titre, « Auto Plus ». Un salarié de Renault soupçonné d’être à la source de fuites qui ont permis de dévoiler les contours de plusieurs modèles non encore commercialisés par le constructeur français a été l’objet d’attentions identiques de la part des policiers et du juge d’isntruction.


La justice s’est empressée de faire droit à la plainte de Renault pour « espionnage industriel ».

Elle a pour ce faire usé de moyens coercitifs dignes d’un système totalitaire bien rodé.

A quand l’interdiction d’Auto Plus et l’embastillement des coupables ?

Nous ne demanderons pas aux auteurs de ce déni de justice de revenir à la raison. Ils fixent eux-mêmes les règles du jeu de dupes dans lequel ils veulent entraîner la population tout entière.

Car il ne faut pas s’y méprendre. Tout ce grand barnum vise à faire courber les têtes, plier l’échine.

Qu’importe en fait à Renault que la future 4 CV à vapeur fasse la une d’un hebdomadaire automobile, fût-il le plus lu dans l’hexagone. Le constructeur a si souventes fois organisé les fuites pour faire saliver les clients potentiels qu’il serait mal fondé à dénoncer aujourd’hui comme espion l’un de ses complices d’hier.

Mais sous ce prétexte fallacieux, le pouvoir place le peuple dans la crainte des foudres d’une justice d’autant plus servile qu’elle sera affaiblie par le plan de la Garde des Sceaux, Rachida Dati, qui ne rate jamais la moindre occasion de rappeler qu’elle est « la chef des procureurs ».

Et dans le collimateur de cette justice, bras menaçant du pouvoir politique, il y a certes la presse, les journalistes. Peut-être pas vraiment Auto Plus, qui n’a commis comme délit de lèse imposteurs gouvernants que de dénoncer les excès de vitesse de quelques ministres et apparentés ou encore de publier la carte des radars fixes !

Mais il y a notamment ceux qui ont essuyé les plâtres, au Canard Enchaîné et au Nouvel Observateur.

La menace n’est pas le moins du monde voilée.

Journalistes qui prétendez éclairer vos concitoyens sur les turpitudes de leurs dirigeants, ménagez vos arrières, dénoncez vos informateurs quand les démentis qu’on apporte à leurs révélations sont si puérils !

Et toi aussi, citoyen redresseur de torts. Apprends à tes dépens qu’on doit garder secrètes les perfidies de son bon maître, patron ou notable.

Ainsi l’information idyllique dispensée par des cabinets de communication pourra-t-elle atteindre directement son destinataire, le bon peuple auquel on offrira quelques fêtes pour lui faire bien sentir que le retour au servage a des aspects bien sympathiques.

Telle est la véritable teneur du message lancé à travers l’action judiciaire engagée contre le journaliste d’Auto Plus et son informateur.

Là se situe le point de départ d’une lutte déterminée pour la reconquête des droits qu’on nous supprime de mois en mois. Et qui n’a rien à voir avec des protestations de principe. Ces grognements sonnent trop un fatalisme que les journalistes et tous les citoyens doivent aujourd’hui dépasser.

Patrick BABIELLE

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