Articles du 27 octobre 2008
Le leurre des “Etats généraux de la presse”
Nicolas Sarkozy persiste dans son ubuesque pratique de la fonction présidentielle.
Il met en chantier des Etats généraux de la presse et en définit le cadre: « Tous les sujets sont sur la table, les plus techniques -les aides de l’Etat, les annonces judiciaires et légales, le régime du mécénat, le partage de la valeur dans la chaîne de distribution, le portage- comme les plus sensibles -l’indépendance, le pluralisme, la crédibilité, la loi Bichet, l’avenir des ouvriers du Livre ».
Et la couleur du papier, Môssieur le président ? La choisirez-vous vous-même ou vous en remettrez-vous au bon goût de la première dame de France ?
Quoiqu’il en soit, le pire nous guette.
Combien de coupes sombres exercées dans les budgets de la santé, la recherche, l’enseignement, la culture, sur lesquels repose l’avenir du pays !
La justice a été ravalée au rang de force répressive supplétive.
Votre népotisme va désormais dépasser la sphère des grands financiers et des insignifiants baladins insulaires ou continentaux de votre cour pour servir les avides patrons des groupes de presse Lagardère, Bouygues et Bolloré, invités à phagocyter sans limite légale tout ce qui fournit de l’information écrite sur papier ou écran, par ondes radiophoniques et hertziennes pour constituer des multinationales multimedia d’où n’émaneront plus que les nouvelles aseptisées par l’autoclave de big brother.
Le dernier rempart contre le totalitarisme sera alors tombé. Avec l’assentiment de ses victimes, montées de leur propre initiative sur l’autel de leur sacrifice, la table autour de laquelle voudront bien prendre place les acteurs des Etats généraux que vous leur imposez de fait.
Et on osera encore abuser le lecteur avec un pluralisme de façade, une indépendance virtuelle.
La censure sera pratiquée très en amont, dès le concours d’entrée dans les écoles de journalisme.
Rien n’échappera à l’uniformisation, pas même l’Agence France-Presse, rare voix parfois discordante dans le chœur des affidés. Le rapport rendu en octobre 2007 par Danièle Giazzi, la secrétaire générale de votre parti, l’UMP, prévoit de la livrer aussi aux appétits des grands groupes.
Suffit, Sarkozy !
Les journalistes ne peuvent pas vous suivre dans votre mégalomanie.
Ils sont, comme leurs concitoyens, épris de vérité tout autant que de liberté.
Ils revendiquent l’accès direct et franc aux sources, y compris les plus officielles et celles qu’on a trop longtemps considérées comme secrètes alors que leur révélation était essentielle à la bonne compréhension des événements.
Ainsi pourront-ils relater des faits avérés, inattaquables par des aigrefins protégés par une justice complaisante.
En marge de ces données vérifiées, les journalistes sont décidés à s’autoriser tout commentaire, à émettre toute opinion qu’il leur plaira, sans être menacés dans leur carrière par la collusion entre les pouvoirs et le patronat des groupes qui se dessinent.
Si bien qu’avec mais plutôt sans Etats généraux, ils demandent à l’Etat, et non au président Sarkozy, de garantir la liberté de la presse, son indépendance des pouvoirs politiques et financiers, de lui donner les moyens de livrer une information de qualité qui éclaire réellement le lecteur, y compris sur les turpitudes des dirigeants de son pays ou du monde.
Patrick BABIELLE
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