Une Association Africaine des Filles de la Rue (AAFR) vient de naître à Limoges, à l’initiative de résidents africains dans la capitale du Limousin, pour « mettre fin aux trafics de l’Homme et plus spécialement au trafic des jeunes filles en provenance d’Afrique »
Les responsables de cette association présidée par Godlove Tabah refusent que le voyage vers la Liberté entrepris par de jeunes Africaines s’achève sur un quai sordide, les trottoirs des grandes villes d’Europe.
Installés depuis plusieurs années au centre de la France qui pour y faire des études, qui pour travailler, les membres de l’AAFR y ont vu débarquer avec stuppeur de véritables bataillons de jeunes filles que des réseaux de proxénétisme venaient faire travailler au fin fond du pays par simple souci de rentabilité. L’entretien des « Filles de la rue » et la « logistique professionnelle » y seraient moins coûteux qu’à Paris et dans sa banlieue, prétendent-ils.
Devant le Club de la Presse du Limousin, Godlove Tabah et trois élus du bureau de l’AAFR, Emyreine Désiré, Daniel Ilupeju et Stella Moneyi, ont décrit l’enfer du passage clandestin « par le biais de réseaux mafieux » comme « un périple qui les conduit d’Afrique subsaharienne en Europe en passant par le désert du Sahara, puis la traversée de la mer Méditerranée ».
Beaucoup ne survivent ni aux « conditions climatiques rudes du Sahara, ni aux sévices corporels qu’on leur inflige », dénonce l’AAFR. L’association estime que « ces jeunes filles sont amenées en Europe par des marchands de sable qui abusent de leur crédulité », au prix « d’une somme considérable pour elles de trois à quatre mille euros avec laquelle elles auraient pu mener une vie agréable dans leur pays d’origine ».
Pour elles, l’Europe n’a rien d’un Eldorado. Elles sont « mises à l’amende de cinquante mille à soixante mille euros par les réseau qui les oblige à se prostituer » dès leur arrivée sur le Vieux continent.
C’est sur ce terrain que l’AAFR veut commencer son action pour « identifier les différents réseaux et en référer aux autorités locales ».
Tout passe par une approche délicate de ces jeunes femmes dans le but de « les assister et favoriser leur réinsertion dans la société ». Les militants de l’association doivent tout autant « établir une relation de confiance que les avertir des dangers de la rue ». Ils mettent en place des campagnes d’information sur les maladies sexuellement transmissibles (MST) et autres, sur la contraception, la violence des proxénètes comme des clients.
L’AAFR envisage, après ce stade, un accompagnement pas à pas des jeunes Africaines dans leur parcours d’insertion. « Il s’agira pour nous, explique Stella Moneyi, de les mettre en relation avec les divers organismes d’insertion, les autorités locales et de les aider dans leurs démarches administratives ». L’association assurera ensuite un suivi de sa démarche, « pour éviter qu’elles ne se retrouvent dans les mêmes conditions qu’au préalable ».
Si les activités de l’association viennent tout juste de démarrer, ses initiateurs travaillent sur le projet depuis plusieurs années, en collaboration avec des assistantes sociales et les responsables de la police à Limoges et dans sa région.
Leur action se prolonge sur le continent africain, où ils ont attiré l’attention des gouvernements afin qu’ils « communiquent directement avec les personnes qui seraient tentées par l’aventure » et identifient les réseaux naissant sur leur territoire. « Il y a de moins en moins de freins à la prostitution forcée en raison de la mondialisation qui favorise la circulation de l’argent sale, l’exploitation du corps des femmes et des enfants ainsi que les trafics d’organes et de drogue », relève Godlove Tabah, en lutte contre « le phénomène de la grande criminalité transnationale ».
Inspirés par la Convention du 2 décembre 1949 qui déclare que « l’être humain n’est pas une marchandise et ne peut donc faire l’objet d’échanges et de commerce », les militants de Limoges se révèlent déterminés à « mettre fin à une forme d’esclavage où tous les droits fondamentaux, c’est-à-dire à la vie, à l’intégrité physique et psychique, à l’intimité, à la libre circulation et à la dignité, sont bafoués ».
La toute jeune association n’est pas née dans l’opulence et cherche des partenariats et des financements.
Contact : Godlove Tabah - Tél : +33 5 55 37 03 92 - GSM : +33 6 08 05 96 47
Patrick BABIELLE
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