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Ti punch tourne au vinaigre

Souvenez-vous. La Nouvelle-Orléans ravagée par la tempête Katrina. Le Président George W. Bush avait tardé à s’enquérir du sort de la population noire, pauvre parmi les pauvres et cruellement meurtrie.

Les Antilles Françaises sont en grève depuis plusieurs semaines, la Guadeloupe au bord du chaos. Le gouvernement Français reste sourd et muet devant les cris de désespoir de la population majoritairement noire. Similitude ou coïncidence? On est en droit de se poser la question.

Bon Dieu! Mais pourquoi «Y’a plus bon Ti Punch»? Aurait-il tourné au vinaigre? Ce qui se passe dans les TOM-DOM n’est pas un problème racial.

Les clameurs qui montent de la foule en colère sont des cris de quête de dignité, d’équité de justice sociale et économique. Aimé Césaire définissait ainsi les symptômes du mal: «Ils se sentent Français entièrement à part, et pas Français à part entière».

Certes, depuis l’abolition de l’esclavage, la discrimination raciale existe toujours. Elle fait partie des schème mentaux, surtout des békés descendants d’esclavagistes qui souhaitent «préserver la pureté de leur race» (Cf. Les derniers maîtres de la Martinique reportage diffusé sur Canal+ le 6 février 2009). Pour beaucoup, la couleur noire est une altérité.

A cela ajoutons l’incroyable palinodie du gouvernement. Les silences du président de la République ressentis par les Guadeloupéens comme du mépris. La ministre de l’Intérieur et des TOM-DOM ne réagit qu’après la mort d’un syndicaliste abattu on ne sait pas encore par qui et fait donner quatre escadrons de gendarmes. Le secrétaire d’État aux TOM-DOM, désavoué par son Premier ministre, interrompt brusquement les négociations à la Guadeloupe et regagne Paris en catimini.

«Reviens mon Général ils sont devenus fous». Qu’a donc fait la France pour mériter çà?

C’est suffisant pour réactiver les cellules dormantes des indépendantistes. Il ne faut jamais oublier que le crépuscule rode, il suffirait d’un rien pour que les zombies sortent de la nuit.

Pourtant, les solutions existent. Force doit rester au gouvernement. Personne ne doit échapper aux lois de la République, pas même les békés. L’État doit imposer un nouvel ordre économique et social.

1- La Guadeloupe est un département français et non un comptoir colonial. Il faut briser le monopole des békés sur la grande distribution. Les prix doivent être encadrés.

2- Les 7 à 8% des békés et autres Syro-libanais qui ont fait main basse sur la Guadeloupe doivent cesser leurs oukases sur les élus guadeloupéens, qu’ils font et défont.

3- Refonder la politique agraire. Réduire la monoculture de la banane. Repenser la Guadeloupe avec d’autres critères que les éternelles équations: Antilles = Ti Punch; jolies filles aux fesses bondissantes comme des gazelles chassées par un feu de brousse; plages de sable fin et nuits chaudes. Il y a aujourd’hui des cadres guadeloupéens diplômés des grandes écoles qui ne demandent qu’à développer d’autres pistes. Qu’on arrête de leur fermer les portes.

4- Expliquer aux Français de métropole que les aides vont directement dans les poches de ceux qui monopolisent le commerce pendant que la majorité de la population végète.

La responsabilité du gouvernement est entière. On imagine mal le pouvoir laisser pourrir une telle situation dans un département de la métropole. Le temps presse. Nous sommes au bord du gouffre. Chacun doit prendre ses responsabilités.

«Un peuple affamé ne supporte pas la raison, l’équité ne le calme pas, aucune prière ne le fléchit» (Sénèque).

A. de KITIKI

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