Articles du janvier, 2010
Exigence de politisation en Afrique noire
Certains d’entre nous se réfugient dans les actions religieuses ou associatives. D’autres sont devenus apolitiques ou se disent de la société civile pour ne pas être étiquetés comme faisant de la politique.
Si les uns et les autres sont nécessaires et utiles, le rôle du politique est primordial.
Quelles que soient les actions et la qualité des uns et des autres, rien ni personne ne peut se substituer ou remplacer l’homme politique ou la politique.
Dans certains pays, le mot “politique” est assimilé à une insulte. Il signifie même “mensonge”, dans d’autres pays Africains. Le rejet de la politique et donc de la chose publique (ndlr : République) est le mal le plus important de l’Afrique.
La politique est le moyen par excellence de changer et d’organiser la vie d’un peuple, de la société ou de la collectivité. D’une certaine manière, se détourner de la politique, c’est se désintéresser de la vie et de la vie de ses concitoyens.
Si les associations, les groupes de réflexion ou les ONG peuvent aider à la prise de conscience ou à la résolution des problèmes spécifiques, ils ne peuvent pas changer ou modifier le destin d’un peuple. Cela, c’est le rôle du politique ou de l’homme politique.
La politique, c’est l’art du possible, la science de tous les possibles. Sa noblesse vient de la qualité des hommes qui la servent. La politique, c’est proposer un projet sociétal dans lequel chacun puisse trouver du sens. Je m’insurge donc contre les amalgames et contre le “Tous pourris”.
Il est quand même dommage de constater que ceux qui souffrent des clichés et des amalgames sont ceux-là même qui stigmatisent leurs congénères. Pour ma part, je continue de penser que la bêtise n’est ni héréditaire, ni génétique, même en politique.
Tant que les Africains n’auront pas une conscience politique, rien ne sera possible et ceux qui pensent avoir été mandatés par Dieu lui même pour conduire la destiné de leurs concitoyens vers les profondeurs insondables de la misère et de la barbarie auront de beaux jours devant eux.
Dans certains pays comme le Congo Brazzaville, où la population est précipitée volontairement dans les abysses de l’analphabétisme et dans la misère culturelle, on entend “certaines élites” clamer haut et fort que “le pouvoir vient de Dieu”. Il y a même des musiciens en mal d’inspiration qui en font des refrains.
Ce genre de postulat sous entend que certains naissent président ou dictateur et, à l’inverse, d’autres naissent pour souffrir et évoluer tout au long de leur vie dans la misère la plus absolue.
Ces théories archaïques qui prônent la suprématie de l’inné par rapport à l’acquis ont été mises à mal par les penseurs et les savants du siècle dernier. Aujourd’hui, nous savons tous que ce sont les peuples qui choisissent leurs dirigeants (à condition qu’ils aient conscience de leur pouvoir), et que ce sont les dirigeants, donc les politiciens, qui conduisent la destiné des peuples.
Trop peu d’Africains ont une conscience politique.
Trop peu d’Africains s’intéressent à la chose publique et, quand ils s’y intéressent, c’est très souvent pour satisfaire leur propre ego, quand ce n’est pas leurs appétits mesquins.
Tant que les Africains penseront que leur destin personnel et collectif dépend des autres, de leurs dirigeants ou de Dieu, alors les déboires du continent Africains et des noirs en particulier se perpétueront de génération en génération.
Aujourd’hui nous avons les preuves que la valeur d’un individu n’a rien a voir avec son âge (il y a des jeunes et des vieux brillants comme il y a des jeunes et des vieux moins brillants). Pourtant, en Afrique, le carcan des traditions et le poids des us et coutumes nous fait croire qu’un vieux est forcément une bibliothèque ambulante. C’est une pure escroquerie intellectuelle, sinon un frein pour une entrée réelle dans le monde civilisé.
Je m’insurge contre le sacro saint “Droit d’aînesse” Africain qui dit ”qu’un ancien qui meurt est une bibliothèque qui disparait” (le Général SASSOU NGUESSO n’a jamais été et ne sera jamais une bibliothèque).
L’Europe et le monde civilisé sont en train de muter, de changer de génération. En France, comme dans d’autres pays occidentaux et d’Asie, ce sont les jeunes de 28 à 45 ans qui gèrent, dirigent, décident de l’avenir de leurs pays et de ce que va devenir le monde de demain.
Dans tous les corps de métiers et surtout dans toutes les administrations, la moyenne d’âge est de 35 ans en France. Il n’est pas rare de rencontrer un juge de 26 ans, un préfet de 38 ans, un procureur de la République de 32 ans, un directeur de grande société de 40 ans, etc.
Au Congo Brazzaville il est courant de rencontrer des jeunes diplômés de 50 ans qui n’ont jamais travaillé dans une structure.
L’Afrique
à besoin de tous ses enfants. Pour cela, il faut absolument réhabiliter la politique, conscientiser les Africains pour qu’ils se prennent enfin en main et qu’ils cessent de se comporter comme des grands enfants.
Chaque Africain, quelque soit l’endroit où il se trouve, est en âge de changer le destin de ses congénères s’il en a les capacités. Alors réveillons-nous et cessons d’avoir peur : osons enfin oser.
Patrick Éric Mampouya
ministre de la Justice du Congo en exil en France
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