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Les oubliés du Centrafrique

Si je vous dis Oubangui-Chari, à quoi, à qui, à quel dieu  des profondeurs insondables de la forêt équatoriale pensez-vous ? Allez ! Un  petit effort, cherchez. Vous ne devinez pas ? Quelques indices pour vous aidez, à vous exclamer : « Bon sang, mais c’est bien sûr… ! »

C’est vers la fin de XIXe siècle, que le Français Dolisie fonde le poste de Bangui sur la rive de l’Oubangui, fleuve majestueux et tumultueux, à cause de ses multiples rapides. Le pays est alors colonisé par les Français sous le nom de Oubangui-Chari. Une colonisation assez brutale. L’administration coloniale découpe le pays ‘à la machette’ et cède les parcelles à des sociétés concessionnaires, qui ont le droit d’y commettre toutes les exactions possibles. Leurs bras armés sont les  intendants.  Rebuts analphabètes, pires que les flibustiers des mers du sud, ils font régner la terreur. A défaut de bagne, on expédiait ces reliquats infects de la société française dans les colonies. Buveurs sans soif, amateurs de pernod, ils ne connaissent qu’un seul argument de dialogue : La « chicotte », sorte de fouet en peau de buffle tressée qu’ils aimaient à faire claquer sur les échines fatiguées des travailleurs forcés qui n’allaient pas assez vite à leur goût.

Les sociétés concessionnaires introduisirent des cultures industrielles au détriment de l’agriculture vivrière. Café, sisal, coton., etc. C’était le temps du travail forcé. On évoque même des razzias dans les villages pour capturer des jeunes gens vigoureux, afin d’activer, encore et toujours, et sans répit, la production de ces matières premières. En plein essor industriel, la France, puissance coloniale, ne se préoccupe pas autrement du développement de l’Oubangui-Chari que pour en extraire les matières premières nécessaires à ses industries naissantes. Ainsi, l’uranium de Bakouma, à l’Est du pays, contribua à la mise au point de la première bombe H française.

L’Oubangui-Chari faisait partie de l’Afrique Equatoriale Française (A.E.F.). C’est là aussi que fut nommé le premier Gouverneur noir. Félix Eboué, français du Guyane. Pendant l’occupation Allemande, l’A.E.F., sous l’impulsion de Félix Eboué, rejoint la France Libre. Il échappa de justesse à un complot ourdi par les Pétainistes locaux constitués essentiellement d’expatriés  blancs des sociétés concessionnaires. On connaît la suite. La barbarie nazie fut vaincue. Grâce aussi à l’engagement des Oubanguiens. On a tendance à l’oublier.

Devenue République Centrafricaine le 1er Décembre 1959, et indépendante le 13 Août 1960,  la R.C.A. passe des multitudes accords obscurs avec l’ancienne puissance coloniale, qui contrôle encore de nos jours l’économie centrafricaine, assure sa sécurité militaire et les fins de mois de ses fonctionnaires. Vue de plus près, l’indépendance de la République Centrafricaine, ressemble à du Canada Dry.

Après Barthélemy  Boganda, père de la Nation, qui mourut dans un accident d’avion douteux, la R.C.A. est frappée par l’incurie de ses successeurs qui n’ont fait que plonger le Pays dans une régression, impitoyable pour une population, meurtrie et tenue, sous le joug. De David Dacko, le docile gardien des mines de diamants, d’uranium et d’or, à Bokassa le soudard comme aimait à l’appeler le Général De Gaulle, la République Centrafricaine est à la dérive. Elle devient son propre fantôme. Et ce la n’émeut personne. Le paludisme et le S. I. D.A se livrent au concours macabre de qui tue le plus. L’espérance de vie en R.C.A. est de 44 ans. Le taux d’enfants malnutris est de 7% pour une population de 4,3 millions d’habitants. La Région de Berberati est frappée par une famine dont les enfants sont les premières innocentes victimes. A part l’O.N.G. ‘Action contre la Faim’, qui fait ce qu’elle peut, dans les médias français, R.A.S. Pendant ce temps, c’est l’uranium centrafricain qui nous aide à passer l’hiver au chaud.

Je cite un  habitant de la région de Berberati rapporté par ‘Action Contre la Faim’ : « Il n’y a plus d’argent, alors on achète des produits moins riches et on réduit la fréquence des repas. Chez nos parents à l’époque on mangeait trois fois par jour ; cela n’existe plus ! »  Oui, à l’époque, des norias de camions ravitaillaient les marchés de la capitale, Bangui, en viande, légumes, et autres produits des cultures vivrières. Aujourd’hui la faim s’installe dans l’indifférence générale. Que s’est- il donc passé ? Je pose cette question terrible aux dirigeants centrafricains actuels. Que comptent ils faire pour que les Centrafricains, avec fierté, puissent encore crier : « Centrafrique,  Na Ndouzou !» (Debout la Centrafrique).  La première action politique a engager sans délai est, me semble-t-il, la valorisation du travail paysan villageois. Motiver et redonner confiance aux cultivateurs centrafricains, pour qu’ils retrouvent le « Légué ti yaka » chemin des champs en langue Sango.

 « Avant de crier mon Dieu, cultive ton champ ! » Proverbe Wolof (Sénégal)

A. de KITIKI

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Exigence de politisation en Afrique noire

Certains d’entre nous se réfugient dans les actions religieuses ou associatives. D’autres sont devenus apolitiques ou se disent de la société civile pour ne pas être étiquetés comme faisant de la politique.

Si les uns et les autres sont nécessaires et utiles, le rôle du politique est primordial.

Quelles que soient les actions et la qualité des uns et des autres, rien ni personne ne peut se substituer ou remplacer l’homme politique ou la politique.

Dans certains pays, le mot “politique” est assimilé à une insulte. Il signifie même “mensonge”, dans d’autres pays Africains. Le rejet de la politique et donc de la chose publique (ndlr : République) est le mal le plus important de l’Afrique.

La politique est le moyen par excellence de changer et d’organiser la vie d’un peuple, de la société ou de la collectivité. D’une certaine manière, se détourner de la politique, c’est se désintéresser de la vie et de la vie de ses concitoyens.

Si les associations, les groupes de réflexion ou les ONG peuvent aider à la prise de conscience ou à la résolution des problèmes spécifiques, ils ne peuvent pas changer ou modifier le destin d’un peuple. Cela, c’est le rôle du politique ou de l’homme politique.

La politique, c’est l’art du possible, la science de tous les possibles. Sa noblesse vient de la qualité des hommes qui la servent. La politique, c’est proposer un projet sociétal dans lequel chacun puisse trouver du sens. Je m’insurge donc contre les amalgames et contre le “Tous pourris”.

Il est quand même dommage de constater que ceux qui souffrent des clichés et des amalgames sont ceux-là même qui stigmatisent leurs congénères. Pour ma part, je continue de penser que la bêtise n’est ni héréditaire, ni génétique, même en politique.

Tant que les Africains n’auront pas une conscience politique, rien ne sera possible et ceux qui pensent avoir été mandatés par Dieu lui même pour conduire la destiné de leurs concitoyens vers les profondeurs insondables de la misère et de la barbarie auront de beaux jours devant eux.

Dans certains pays comme le Congo Brazzaville, où la population est précipitée volontairement dans les abysses de l’analphabétisme et dans la misère culturelle, on entend “certaines élites” clamer haut et fort que “le pouvoir vient de Dieu”. Il y a même des musiciens en mal d’inspiration qui en font des refrains.

Ce genre de postulat sous entend que certains naissent président ou dictateur et, à l’inverse, d’autres naissent pour souffrir et évoluer tout au long de leur vie dans la misère la plus absolue.

Ces théories archaïques qui prônent la suprématie de l’inné par rapport à l’acquis ont été  mises à mal par les penseurs et les savants du siècle dernier. Aujourd’hui, nous savons tous que ce sont les peuples qui choisissent leurs dirigeants (à condition qu’ils aient conscience de leur pouvoir), et que ce sont les dirigeants, donc les politiciens, qui conduisent la destiné des peuples.

Trop peu d’Africains ont une conscience politique.

Trop peu d’Africains s’intéressent à la chose publique et, quand ils s’y intéressent, c’est très souvent pour satisfaire leur propre ego, quand ce n’est pas leurs appétits mesquins.

Tant que les Africains penseront que leur destin personnel et collectif dépend des autres, de leurs dirigeants ou de Dieu, alors les déboires du continent Africains et des noirs en particulier se perpétueront de génération en génération.

Aujourd’hui nous avons les preuves que la valeur d’un individu n’a rien a voir avec son âge (il y a des jeunes et des vieux brillants comme il y a des jeunes et des vieux moins brillants). Pourtant, en Afrique, le carcan des traditions et le poids des us et coutumes nous fait croire qu’un vieux est forcément une bibliothèque ambulante. C’est une pure escroquerie intellectuelle, sinon un frein pour une entrée réelle dans le monde civilisé.

Je m’insurge contre le sacro saint “Droit d’aînesse” Africain qui dit ”qu’un ancien qui meurt est une bibliothèque qui disparait” (le Général SASSOU NGUESSO n’a jamais été et ne sera jamais une bibliothèque).

L’Europe et le monde civilisé sont en train de muter, de changer de génération. En France, comme dans d’autres pays occidentaux et d’Asie, ce sont les jeunes de 28 à 45 ans qui gèrent, dirigent, décident de l’avenir de leurs pays et de ce que va devenir le monde de demain.

Dans tous les corps de métiers et surtout dans toutes les administrations, la moyenne d’âge est de 35 ans en France. Il n’est pas rare de rencontrer un juge de 26 ans, un préfet de 38 ans, un procureur de la République de 32 ans, un directeur de grande société de 40 ans, etc.

Au Congo Brazzaville il est courant de rencontrer des jeunes diplômés de 50 ans qui n’ont jamais travaillé dans une structure.

L’Afrique à besoin de tous ses enfants. Pour cela, il faut absolument réhabiliter la politique, conscientiser les Africains pour qu’ils se prennent enfin en main et qu’ils cessent de se comporter comme des grands enfants.

Chaque Africain, quelque soit l’endroit où il se trouve, est en âge de changer le destin de ses congénères s’il en a les capacités. Alors réveillons-nous et cessons d’avoir peur : osons enfin oser.

Patrick Éric Mampouya

ministre de la Justice du Congo en exil en France

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