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Ska tautologique

«Un air gai, riche et entraînant » (1) en provenance directe de Guadeloupe s’impose en tête du hit parade des «D.J.» (2) des journaux TV et radio de France et de Navarre, soudain touchés par l’exotisme d’une musique antillaise qui chante enfin ce qu’ils ont envie d’entendre.
Sur une sorte de ska mâtiné de protest song, Willy Angèle, président de l’antenne guadeloupéenne du Medef, dénonce un « accord conclu de nuit entre le LKP et une partie minoritaire du patronat ».
Ce crocodile crooner nous rebat les oreilles d’un insupportable refrain: « Cet accord n’engage que ceux qui l’ont signé, il ne nous engage pas ». Et de prétendre, en substance, que la convention qui a permis la reprise des activités après cinq semaines d’une lutte exemplaire de la population locale ne concernerait même pas 5% des salariés de l’île et quatre organisations patronales, dont deux liées, sinon affiliées au LKP, alors que sept ou huit autres le refusent.
Celles-là, à n’en pas douter, freineront des quatre fers pour appliquer la hausse de 200 euros sur les plus bas salaires.
Je n’irai pas jusqu’à m’étonner de la pléthore de supposés représentants du patronat sur un si petit territoire, qui plus est tout à fait désindustrialisé. Elle m’apparaît bien supérieure à la cohorte de délégués de syndicats étudiants d’une époque révolue.
Je demeure toutefois un brin surpris en notant que le représentant de l’Etat, dans l’ensemble des DOM TOM, n’est soumis à aucune obligation de réserve. J’ai pu ouïr un certain, prêtant avec une ostensible complaisance son filet de voix au chœur des pasionarias mediatico-patronales de la liberté d’exploiter.
Mais je refuse d’attiser l’incendie. Je leur dis : banco !
Remettons notre démocratie bien droit dans ses bottes. Rendons leur pouvoir aux majorités et abrogeons, à Pointe-à-Pitre, Toulouse, Fort-de-France, Strasbourg, Saint-Denis de la Réunion ou sur Seine, toutes les décisions de régression sociale issues d’accords passés aux forceps avec de fantomatiques organisations salariales non pas seulement liées au patronat mais créées par ses soins.
Mieux encore, refusons tout net d’en tenir compte, de nous sentir «engagés», dans l’hexagone comme outremer! Imposons les revendications de la majorité des Français.
Renversons les rapports de forces pour qu’enfin, les syndicats représentatifs concluent avec le patronat des accords de progrès social et économique.
Abolissons aussi les privilèges, passe-droits et autres grâcieusetés concédés par le pouvoir central à une poignée de békés aux seules fins d’asservir une immense majorité de nos concitoyens d’outremer.
Rendons enfin aux Ultramarins leur dignité et la maîtrise de leur développement local, quitte à nous passer des lumières spéculatives de quelques blancs créoles. Ils sauront, à n’en pas douter, aller exercer leurs coupables talents sous d’autres cieux idylliques.
Et nos fameux «D.J.» feront peut-être alors la promotion d’une musique bien franchouillarde dont ils semblent avoir honte, celle du « King » de la finance made in France.
J’entends Nicolas Sakozy, le « Elvis » (sans fin) du resserrement du budget des ménages, nous chanter « Natixis », accompagné par la formation de François Pérol et ses musicaillons bizarrement tous recrutés au petit conservatoire du parti dominant de la majorité présidentielle.
Mais là, ce n’est plus du ska.
Cela devient très rock’n roll.
Un pur «délice d’initiés».
Patrick Babielle

(1) Emprunté à Daniel Balavoine, un chanteur très « métro »
(2) Lire Dévoués Journalistes

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Ti punch tourne au vinaigre

Souvenez-vous. La Nouvelle-Orléans ravagée par la tempête Katrina. Le Président George W. Bush avait tardé à s’enquérir du sort de la population noire, pauvre parmi les pauvres et cruellement meurtrie.

Les Antilles Françaises sont en grève depuis plusieurs semaines, la Guadeloupe au bord du chaos. Le gouvernement Français reste sourd et muet devant les cris de désespoir de la population majoritairement noire. Similitude ou coïncidence? On est en droit de se poser la question.

Bon Dieu! Mais pourquoi «Y’a plus bon Ti Punch»? Aurait-il tourné au vinaigre? Ce qui se passe dans les TOM-DOM n’est pas un problème racial.

Les clameurs qui montent de la foule en colère sont des cris de quête de dignité, d’équité de justice sociale et économique. Aimé Césaire définissait ainsi les symptômes du mal: «Ils se sentent Français entièrement à part, et pas Français à part entière».

Certes, depuis l’abolition de l’esclavage, la discrimination raciale existe toujours. Elle fait partie des schème mentaux, surtout des békés descendants d’esclavagistes qui souhaitent «préserver la pureté de leur race» (Cf. Les derniers maîtres de la Martinique reportage diffusé sur Canal+ le 6 février 2009). Pour beaucoup, la couleur noire est une altérité.

A cela ajoutons l’incroyable palinodie du gouvernement. Les silences du président de la République ressentis par les Guadeloupéens comme du mépris. La ministre de l’Intérieur et des TOM-DOM ne réagit qu’après la mort d’un syndicaliste abattu on ne sait pas encore par qui et fait donner quatre escadrons de gendarmes. Le secrétaire d’État aux TOM-DOM, désavoué par son Premier ministre, interrompt brusquement les négociations à la Guadeloupe et regagne Paris en catimini.

«Reviens mon Général ils sont devenus fous». Qu’a donc fait la France pour mériter çà?

C’est suffisant pour réactiver les cellules dormantes des indépendantistes. Il ne faut jamais oublier que le crépuscule rode, il suffirait d’un rien pour que les zombies sortent de la nuit.

Pourtant, les solutions existent. Force doit rester au gouvernement. Personne ne doit échapper aux lois de la République, pas même les békés. L’État doit imposer un nouvel ordre économique et social.

1- La Guadeloupe est un département français et non un comptoir colonial. Il faut briser le monopole des békés sur la grande distribution. Les prix doivent être encadrés.

2- Les 7 à 8% des békés et autres Syro-libanais qui ont fait main basse sur la Guadeloupe doivent cesser leurs oukases sur les élus guadeloupéens, qu’ils font et défont.

3- Refonder la politique agraire. Réduire la monoculture de la banane. Repenser la Guadeloupe avec d’autres critères que les éternelles équations: Antilles = Ti Punch; jolies filles aux fesses bondissantes comme des gazelles chassées par un feu de brousse; plages de sable fin et nuits chaudes. Il y a aujourd’hui des cadres guadeloupéens diplômés des grandes écoles qui ne demandent qu’à développer d’autres pistes. Qu’on arrête de leur fermer les portes.

4- Expliquer aux Français de métropole que les aides vont directement dans les poches de ceux qui monopolisent le commerce pendant que la majorité de la population végète.

La responsabilité du gouvernement est entière. On imagine mal le pouvoir laisser pourrir une telle situation dans un département de la métropole. Le temps presse. Nous sommes au bord du gouffre. Chacun doit prendre ses responsabilités.

«Un peuple affamé ne supporte pas la raison, l’équité ne le calme pas, aucune prière ne le fléchit» (Sénèque).

A. de KITIKI

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